Le Conseil d’administration de l’ORSG-CTPS n’est pas un espace symbolique, c’est un lieu où se croisent des parcours, des constats et des responsabilités. Intégrer le bureau, c’est choisir de s’engager en tant que professionnel pour aider à améliorer la santé en Guyane, et montrer que chacun, à son niveau, peut contribuer à faire avancer le territoire. À l’approche du séminaire du 14 octobre intitulé “Pour une santé améliorée en Guyane : Adaptons les textes juridiques” le Dr Joëlle SANKALE-SUZANON, retraitée depuis plus d’une dizaine d’années, et le Dr Liliane THELUSME, en activité au CHU de Cayenne, racontent ce que signifie y siéger et pourquoi cet outil peut enfin transformer les constats sanitaires en solutions adaptées aux patients de Guyane.
L’une a accompagné l’ORSG dès ses débuts, l’autre y siège aujourd’hui. Entre elles, une génération d’écart, mais une même conviction : la Guyane doit pouvoir faire entendre ses besoins spécifiques et adapter la loi à son territoire. Leur regard croisé éclaire le rôle du Conseil d’administration et du Conseil scientifique, à quelques semaines d’un séminaire décisif.
Depuis ses débuts en 1983, l’Observatoire Régional de la Santé de Guyane documente, mesure et analyse. Il produit des statistiques, des rapports, des constats. Et depuis des années, ces constats disent la même chose : les indicateurs de santé ne s’améliorent pas, les écarts persistent, les fragilités restent visibles. En effet, les besoins spécifiques du territoire sont identifiés, mais rarement suivis d’effets.
Quand les constats ne suffisent plus et appellent un nouvel outil : Le témoignage du Dr SANKALE-SUZANON

Le Dr Joëlle SANKALE-SUZANON a connu cette période. Médecin généraliste, longtemps engagée dans la PMI (la Protection Maternelle et Infantile), elle a siégé au Conseil d’administration de l’ORSG pendant de nombreuses années. Elle a vu les chiffres, les tendances, les alertes. Elle a participé aux travaux sur la mortalité périnatale, sur les écarts de prise en charge, sur les réalités du terrain. Aujourd’hui retraitée, le médecin résume cette expérience avec une franchise qui ne cherche pas à embellir les choses.
« On a beaucoup travaillé ensemble, plusieurs années, et 30, 40 ans après, ça n’a pas vraiment changé. »
Cette phrase ne dit pas l’échec. Elle dit la nécessité d’un outil supplémentaire. Elle dit pourquoi la transformation de l’ORSG en ORSG-CTPS était indispensable. Elle dit aussi pourquoi, malgré sa retraite, le Dr SANKALE SUZANON est revenue siéger au Conseil d’administration, précisément au moment de cette transformation :
« Je suis venue pour accompagner la démarche. Je voulais que l’outil prenne toute sa dimension. »
Pour elle, le CA est un espace où les professionnels peuvent enfin faire remonter ce qui ne fonctionne pas : « Le plus dur était d’identifier par quel bout commencer. On ne peut pas arriver avec quinze propositions. Si on arrive avec trois priorités, c’est déjà beaucoup. L’important, c’est que la machine soit enclenchée. »
Le médecin rappelle également le rôle du Conseil de l’Ordre des médecins, qu’elle a représenté pendant des années : « Le Conseil de l’Ordre veille à la qualité de l’exercice médical. Dans un territoire où les parcours professionnels sont variés, où le turnover est important, où les déserts médicaux existent, la présence de ce conseil au CA apporte une légitimité supplémentaire. »
Une nouvelle génération au CA : Le regard du Dr THELUSME

Aujourd’hui, c’est le Dr Liliane THELUSME qui siège au Conseil d’administration au titre du Conseil départemental de l’Ordre des médecins. Médecin au CHU de Cayenne, elle a créé l’unité transversale de nutrition. Elle voit chaque jour ce que les patients vivent réellement : les évacuations sanitaires, les distances, les ruptures de suivi, les fragilités sociales. Mais elle observe aussi ce qu’il est parfois difficile d’appréhender dans la prise en charge du patient, les cultures et les rites qui influencent la manière de vivre la maladie :
« Les inégalités sociales de santé sont beaucoup plus prégnantes ici. Le manque de spécialités et d’équipements fait que les évacuations sanitaires sont presque obligatoires, et pour certaines personnes, c’est une véritable perte de chance. »
Pour cette femme engagée, siéger au CA et du bureau, ce n’est pas une fonction administrative : « En tant que Guyanaise, il faut participer à l’amélioration de la situation du territoire. »
Elle insiste aussi sur la dimension culturelle, souvent absente des cadres nationaux, « Il ne faut jamais négliger la personne dans son entièreté et ce qui fait d’elle ce qu’elle est. »
Comme le Dr SUZANON, le Dr THELUSME rappelle que la présence du Conseil de l’Ordre des médecins au CA est essentielle : « L’Ordre est garant de la qualité des soins. Sa participation aux orientations législatives permet de vérifier que les adaptations proposées respectent le cadre déontologique. »
ORSG-CTPS : Un outil inédit pour transformer les constats en solutions
La transformation de l’ORSG en ORSG-CTPS a créé un outil unique en France. Un Observatoire de la santé adossé à la Collectivité Territoriale, mais doté d’une indépendance scientifique. Un outil capable de produire des constats, mais aussi de transmettre au Président de la CTG des propositions d’adaptation législative destinées au Premier ministre.
Les besoins spécifiques ne sont pas un concept théorique. Ce sont des écarts mesurables entre ce que vivent les Guyanais et ce que prévoit la norme nationale. Des écarts qui peuvent devenir des propositions argumentées, des ajustements réglementaires, des solutions adaptées.
Le séminaire du 14 octobre. Un pas de plus

Ainsi, le séminaire du 14 octobre ne marque pas un début, il marque une nouvelle étape. Après deux années de structuration, de production de constats et d’identification des besoins spécifiques, l’ORSG-CTPS engage désormais la phase de co-construction des propositions d’adaptation législative.
Les professionnels de santé, du social et du médico-social seront réunis pour identifier les freins législatifs qui compliquent la prise en charge en Guyane et formuler des adaptations. Ces propositions seront ensuite transmises au Président de la Collectivité Territoriale de Guyane, qui les soumettra au Premier ministre, qui a obligation de répondre.
En conclusion…
Deux générations de médecins, deux parcours, deux manières de servir le territoire. Mais une même conviction : la Guyane doit pouvoir adapter la loi à ses réalités.
Le 14 octobre, ce travail entre dans une nouvelle phase. Avec ceux qui ont construit l’outil, avec ceux qui le portent aujourd’hui, et avec ceux qui le feront évoluer demain.