
“Pour une fois, nous ne sommes pas seulement venus constater les difficultés. Nous avons commencé à construire des réponses”.
C’est ainsi qu’une participante a résumé le premier séminaire de l’ORSG-CTPS consacré à l’adaptation des textes juridiques aux réalités guyanaises. Réunis à Cayenne, professionnels de santé, acteurs du secteur médico-social, élus, responsables institutionnels, juristes et représentants associatifs ont pris part à une réflexion collective visant à identifier les obstacles rencontrés dans leurs pratiques quotidiennes et à dégager des pistes d’évolution pour améliorer durablement la prise en charge sanitaire et médico-sociale de la population guyanaise.
Une journée particulière
Le 14 octobre dernier à Cayenne, plus d’une cinquantaine d’acteurs du territoire ont volontairement fait le choix de consacrer leur matinée à cette réflexion collective. Elus (CTG, mairies …), Directeurs d’institutions (CHU de Guyane, DRDFE, Mutualité Française …), Présidents et Responsables d’associations (CREAI, Onco Guyane, APADAG …), professionnels de santé (médecins, cadres de santé, infirmiers.ères …) et du médico-social, juristes, représentants institutionnels (ARS, CTG, Université de Guyane …) et acteurs de terrain se sont retrouvés autour d’une même table pour répondre à une question simple : Quels textes juridiques constituent aujourd’hui des freins à une meilleure prise en charge en Guyane, et comment les faire évoluer pour mieux répondre aux réalités du territoire ?
Cette rencontre s’est tenue quelques jours après les émouvantes funérailles du président Gabriel SERVILLE. Son absence était naturellement dans tous les esprits.
Lui qui avait soutenu la création du CTPS et encouragé cette volonté de donner davantage de pouvoir d’initiative au territoire aurait sans doute trouvé dans cette rencontre l’illustration concrète d’une ambition qui lui était chère : permettre à la Guyane de faire entendre sa voix lorsque les règles nationales ne répondent plus aux réalités locales.
Une volonté politique assumée
Représentant la Collectivité Territoriale de Guyane, Jean-Paul FEREIRA, Premier Vice-président et Président par intérim, a ouvert les travaux à travers un discours empreint d’émotion et de conviction.
En s’appuyant sur les paroles de Laro Camopi d’Élie STEPHENSON, il a rappelé qu’en Guyane, derrière les textes, les règlements et les procédures, il y a d’abord des femmes, des hommes et des familles confrontés à la réalité parfois difficile de l’accès aux soins.


Patricia SAÏD, 4ème Vice-présidente de la CTG et Présidente de l’ORSG-CTPS, a ensuite retracé le long chemin ayant conduit à la création du CTPS. Elle a rappelé la volonté politique qui a rendu cette démarche possible et rendu hommage au Docteur Elie CHOW CHINE, ancien Président du Conseil Scientifique de l‘ORSG et du Conseil de l’Ordre des Médecins de Guyane. Il fut l’un des premiers à défendre l’idée que la Guyane devait se doter d’un outil lui permettant de faire évoluer les textes inadaptés à ses réalités.
La matinée s’est poursuivie avec l’intervention du Dr Marie-Josiane CASTOR, Directrice de l’ORSG-CTPS, qui a présenté la genèse du projet et les différentes étapes de sa construction.
Laurent Thibault MONTET, Docteur en droit, est quant à lui venu démontrer que cette démarche ne relevait pas d’une ambition théorique mais d’une possibilité bien réelle offerte par la loi.
Du terrain vers la décision
Le cœur de la journée reposait sur trois ateliers thématiques :
- Atelier 1 – Offre et Parcours de soins : Quelles propositions pour mieux soigner et gagner en efficacité ?
- Atelier 2 – Accès aux droits et Accès aux soins : Quelles solutions pour garantir un accès effectif et équitable aux soins en Guyane ?
- Atelier 3 – Innovations, expérimentations et adaptations territoriales : Quelles évolutions proposer ?
Les ateliers étaient animés par un binôme composé d’un juriste et d’un collaborateur de l’ORSG-CTPS.

La richesse du séminaire a reposé avant tout sur la diversité de ses participants. Professionnels de terrain, responsables d’institutions, associations, élus, experts et juristes ont travaillé ensemble, confrontant leurs expériences et leurs points de vue.
Les ateliers ont été construits selon une logique d’entonnoir.
Chaque participant a d’abord exprimé librement ses constats et les difficultés rencontrées dans son quotidien. Les échanges ont ensuite permis de rapprocher les regards, d’identifier des problématiques communes, puis de faire émerger collectivement les priorités du territoire. Partir des expériences individuelles pour construire des priorités collectives : telle était l’ambition de la démarche.
Des constats différents… et pourtant convergents
L’un des enseignements majeurs de la journée réside dans la restitution finale.
Alors que les trois groupes travaillaient sur des thématiques distinctes, plusieurs constats se sont retrouvés dans l’ensemble des ateliers : le manque de professionnels de santé, les difficultés d’accès aux soins dans les communes isolées, les barrières linguistiques et culturelles, l’accès aux droits ou encore la nécessité de faire évoluer certains cadres réglementaires sont apparus comme des préoccupations largement partagées.
Cette convergence a donné une réelle force aux travaux.
Elle a surtout permis de dépasser les situations particulières pour identifier des enjeux structurants pour l’ensemble du territoire.
L’adaptation ascendante en action
Mais la véritable originalité de ce séminaire réside dans sa finalité. L’objectif n’était pas uniquement de dresser une liste de difficultés. L’objectif était d’identifier les textes, les règles ou les dispositifs qui freinent l’accès aux soins et d’imaginer, collectivement, les évolutions nécessaires. Les propositions issues du séminaire seront désormais analysées, consolidées et documentées. Elles seront ensuite soumises au Conseil scientifique puis au Conseil d’administration de l’ORSG-CTPS avant d’être transmises par le Président de la Collectivité Territoriale de Guyane au Premier ministre.
C’est le principe même de l’adaptation ascendante : partir des réalités du terrain pour faire évoluer les textes lorsqu’ils ne répondent plus aux réalités guyanaises.
De la réflexion à l’action
Ainsi, à l’heure de clôturer les travaux, une conviction semblait largement partagée. Ce séminaire ne devait pas rester sans lendemain. La richesse des échanges, l’implication des participants, la dynamique collective créée au fil de la matinée et la qualité des propositions formulées ont confirmé l’intérêt de poursuivre cette démarche.
L’ORSG-CTPS a d’ailleurs affirmé sa volonté de continuer le travail engagé avec l’ensemble des acteurs mobilisés.
Les constats sont désormais connus.
Les premières pistes ont été identifiées.
Les propositions vont maintenant devoir être travaillées, documentées et portées.
Le séminaire ne s’est donc pas achevé par une conclusion.